On le savait, la pratique qui consiste à déplacer ou à détruire des statues n’est pas une invention récente. Le grand mérite de l’ouvrage de Bertrand Tillier, historien, spécialiste de culture visuelle, est d’étudier l’accélération récente de cette forme symbolique radicale de contestation qu’il baptise statuoclastie. Ce terme, à la différence de l’iconoclasme, trop connoté religieusement, ou du vandalisme, trop vaste, rappelle le pouvoir extraordinaire des statues de « grands hommes », situées dans l’espace public, d’incarner le pouvoir des idéologies et le pouvoir tout court. Tillier analyse avec précision de nombreux cas – particulièrement dans l’Europe de l’Est – et propose de placer ces « statues en disgrâce », tantôt dans des musées, tantôt dans des lieux dédiés pour le conserver et les exposer. Une manière pertinente de ne pas oblitérer le passé tout en l’accompagnant d’une dimension critique.

Itzhak Goldberg

Bertrand Tillier, La Disgrâce des statues, Essai sur les conflits de mémoire, de la Révolution française à Black Lives Matter, Payot, 20 €.