Né en Bretagne (Lesneven) en 1926, François Dilasser pratique la peinture en autodidacte depuis son adolescence. A l’Espace Rebeyrolle, le parcours débute dans les années 1970 – date  de sa première exposition - avec des œuvres qui revendiquent l’influence de Roger Bissière, découvert par Dilasser dans l’après-guerre. De fait, Paysage (1974), et plus encore Sans Titre de la même année, sont composés à partir de hiéroglyphes colorés flottants, à l’instar d’une partition musicale. Puis, les toiles s’assombrissent et l’aspect décoratif disparaît. Ainsi Formes sur terre de Sienne naturelle (1976) est faite de deux structures géométriques sobres superposées qui occupent l’essentiel de la surface de la toile. Suivent des œuvres dénuées de tout artifice, « habitées » par des masses octogonales imposantes, dont on ne peut que soupçonner les volumes (Jardin 1 et Jardin 3, 1989). Peu loquaces, ces toiles refusent la narration ou l’anecdote, ne cherchent pas à l’aide d’une description minutieuse ou exhaustive à mettre le réel à l’épreuve. Conscient du peu de pertinence du cloisonnement entre figuratif et abstrait, le peintre s’arrête à une expression graphique et chromatique qui lui semble la mieux susceptible, non pas d’imiter un motif, mais d’en donner l’essentiel. Muets, se repliant sur eux-mêmes, refusant tout « parasitage » psychologique ou métaphorique, ces blocs sombres d’une ténacité têtue, sont comme un défi jeté au spectateur. Même quand les formes sont plus légères, à l’instar de nuages, ou morcelées, elles paraissent à l’arrêt (Métamorphose 1, 1993, Nuages, 2006-2007, Le Grand voyage, 1990). Plus identifiables, mais pas plus bavardes, sont les étranges architectures noires, mi-menhirs étirés, mi-tours aux façades aveugles, posées sur un rocher (Les Veilleurs, 1997). D’une frontalité marquée qui ne tolère pratiquement aucune exception, ces constructions sont pétrifiées dans un espace rétréci, resserré, où l’air ne circule pas. Imprimées sur la surface, elles nous font face et nous obligent à les affronter sans possibilité de recul. Des images qui se trouvent, pour ainsi dire en première ligne, sur la peau de la peinture. D’un silence absolu, toutes ces œuvres ont un point commun : l’absence de personnages. On pourrait croire que l’artiste ressent le besoin d’éliminer toute concurrence humaine, de se trouver seul face aux objets de sa peinture. Soyons précis. Dans d’autres toiles, des êtres humains font leur entrée. Mais, davantage figures d’anonymat que d’individus, ces « personnes » ne donnent lieu à aucun dialogue avec le spectateur. Schématisées à l’extrême, Les Régentes (1995), que Dilasser traite plusieurs fois, offrent une version contemporaine d’une œuvre éponyme de Franz Hals. Ailleurs, ce sont les Têtes, des visages rougeâtres sans traits, reconnaissables uniquement par leur format ovale. Enfin, un ensemble de mains ou plutôt de poings, séparés du corps, forme un langage de signes secret. Gestes de révolte ou évocations d’une langue de sourds-muets interprétée par Dilasser ? Curieusement, le titre de l’exposition, une citation de l’artiste, est « Le Bruit de nos vies ». Gageons qu’il s’agit du bas bruit, tant ces œuvres sont emplies de silences mais de ces silences compacts que laissent derrière eux les gens taiseux.

Itzhak Goldberg

François Dilasser, jusqu’au 13 novembre, Espace Paul Rebeyrolle, Eymoutiers.

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