La Vénus de Lespugue en majesté au musée de l’Homme

Créations artistiques chez l’Homo Sapiens, source d’inspiration pour l’art contemporain ? On se souvient de la belle exposition du Centre Pompidou qui a montré que la préhistoire ne laisse pas les artistes indifférents. Nombreux sont ceux qui explorent un passé de plus en plus lointain. A son tour le musée de l’Homme met en scène cette quête qui a le mérite d’éviter la vision linéaire pratiquée par l’histoire de l’art traditionnelle. En toute logique, ici la part de la préhistoire est dominante. On s’embarque ainsi pour un voyage spectaculaire dans le temps à l’aide des installations audiovisuelles qui plongent les spectateurs dans des sites célèbres de l’art rupestre, un peu partout dans le monde. On reste ébloui par cette plongée à l’intérieur des grottes aux parois ornées de dessins énigmatiques, produits par nos ancêtres. Mais la manifestation propose également un ensemble d’objets et d’artefacts réalisés il y a quelques 40000 ans : outils, plaques gravées et sculptures. Parmi ces dernières, une vedette incontestée : la Vénus de Lespugue, découverte en Haute-Garonne en 1922. Façonnée dans une défense de mammouth, cette statuette minuscule – 14.7 centimètres – aux fesses, hanches et seins hypertrophiés, est bien loin du canon classique de la beauté féminine dont la Renaissance est le modèle par excellence. Ce n’est pas la grâce parfaite que dégage cette œuvre mais un sentiment d’un archaïsme puissant qui a frappé des artistes dont plusieurs - pas très nombreux - sont exposés dans une salle du musée. Archaïsme car la sculpture de Zadkine, Vénus, 1938 – très belle par ailleurs – s’inscrit plutôt dans la mouvance primitiviste, influencée par les civilisations extra-occidentales, africaines ou ibériques, du début du XXe siècle. Cette distinction est importante car l’impact du primitivisme, inséparable du contexte colonialiste, est, dans l’ordre stylistique, facilement repérable. Les références archaïques, d’ordre universel et anhistorique, sont plus diffuses et renvoient surtout à l’idée d’un corps féminin non idéalisé. Réalisée par Louise Bourgeois, Femme 2005 et ses formes lourdes, est à l’encontre de toute la série des nus que les artistes – hommes – ont produit pour la jouissance – esthétique ?- de spectateurs – hommes. Ailleurs, Parle Ment Branches (2020) de Laure Prouvost, des attributs sexuels féminins en plâtre, fixés sur des branches, est une vision ironique du regard masculin qui s’arrête uniquement sur ces parties du corps. Ailleurs encore, l’artiste roumaine Alexandra Sand, a fait mouler deux fois son propre corps, de la tête à l’entrejambe, pour former un double gisant érotisé, réuni par le bassin (Another Self, 1919). Finissons sur deux exemples : une version abstraite magnifique de Vénus de Lespugue en albâtre par Gabriel Sobin (Vénus albâtre, 2022) et la vidéo d’Anne Ginsburg, un fondu qui enchaine des corps de femmes, muses d’artistes célèbres. Le titre de l’œuvre What is Beauty (Qu’est-ce la beauté, 2018), ne déplairait pas à l’illustre Vénus de Lespugue.

Itzhak Goldberg