Il faut cheminer lentement parmi les travaux de Marinette Cueco (née en 1934). Les œuvres de celle qui pratique le « Land Art de proximité », s’adressent au spectateur avec une délicatesse infinie. L’artiste emploie les composants de la nature d’une façon discrète, ne cherche pas à bouleverser l’environnement mais à y laisser des traces légères, parfois à peine perceptibles, au seuil de la visibilité. A partir de divers «échantillons», organiques ou minéraux, plantes, ardoises ou pierres, elle fabrique des objets et des installations homogènes, mais dont les éléments conservent chacun leur caractère particulier. L’attention extrême que Marinette Cueco porte à la matière s’explique probablement par son trajet. Chez elle, le monde végétal est présent dès ses premières créations. Tout laisse à penser que la langue des plantes est son langage propre, son dialecte naturel. Ainsi, le parcours débute par les Tresses et les Entrelacs, des fibres tressées et nouées, dont les premiers datent déjà des années 1980. Puis, ce sont les Herbiers que l’artiste définit comme « un inventaire botanique, résultat de recherches, de cueillette et d’approche intime du végétal dans sa diversité inventive » (Arbre de Judas, Cercis Siliquastrum, 2006). Suivent les Ardoises, ces rencontres étonnantes entre minéral et végétal. Rencontres qui se développent dans l’espace et se transforment en un mini-jardin éblouissant (Hivernage, pelotes et fagots d’ampelopsis sur terre rouge, 1980-2000). Le travail de Marinette Cueco, même s’il met en valeur telle ou telle plante, même s’il s’adapte parfaitement aux différentes espèces botaniques, à la forme d’une pierre ou d’une ardoise, se base toujours sur le principe de l’unification. Noués ou tissés, tressés ou tricotés, entrelacés ou festonnés, les différents éléments, avec leurs propres qualités tactiles ou visuelles, servent avant tout à constituer des matières ou des textures variables. « Trouvez d’abord le matériau que votre corps et votre main aiment », écrit l’artiste. Autrement dit, elle a le don de convaincre la nature de se métamorphoser, mieux, de partager ses souhaits les plus secrets. Itzhak Goldberg
Marinette Cueco, L’ordre naturel des choses, jusqu’au 5 mars, LAAC, Dunkerque.