Déjà auteur de l’exposition « Cobra sous le regard d’un passionné » au LAC de Dunkerque en 2012, l’historien de l’art Victor Vanoosten récidive comme commissaire scientifique de « Cobra, la couleur spontanée » au musée de Pont-Aven. Peu connu en France, ce groupe international se forme pourtant à Paris. Son nom est composé à partir de l’initiale des capitales des trois pays d’où viennent ses fondateurs - Copenhague, Bruxelles et Amsterdam. Ici, le propos est audacieux : présenter le mouvement avant et après son existence officielle de 1948 à 1951. « En 1951, raconte Vanoosten, Pierre Alechinsky fait écrire sur la quatrième de couverture de la revue : « Fin de Cobra, ce numéro est le dernier ». Mais ces artistes continuent de créer. Les toiles d’Asger Jorn qui sont dans la dernière partie de l’exposition peuvent être rapprochées de la force de celles des années 1940 ou 1950 : l’esprit Cobra perdure tout au long de la seconde moitié du XXe siècle. » Ainsi, symboliquement, les deux toiles portant les dates les plus extrêmes, Cheval jaune (1941) et Demande à l’oiseau (1992-1993) sont du même artiste, le Danois Carl-Henning Pedersen. Les œuvres sont puisées au Centre Pompidou mais surtout dans des collections privées, belges et néerlandaises, car « les chefs d’œuvre Cobra sont rares en France, précise le commissaire, qui se félicite de la chance de « réinscrire Cobra dans la lignée de Gauguin, qui a révolutionné l’histoire de l’art en libérant la couleur et la représentation du monde ». Les membres de Cobra, à leur tour, privilégient les lignes serpentines, retrouve le plaisir de la matière et des éclats de couleur. Comme Gauguin, ils font appel à l’art primitif et populaire, mais aussi à la mythologie scandinave et son bestiaire fantastique, à la fois inquiétant et fascinant. La première salle est une « fosse aux cobra » conçue pour immerger le visiteur « dans la couleur, le bestiaire et les artistes internationaux ». On y trouve les Hollandais Karel Appel et Corneille, le Français Jacques Doucet, les Danois Asger Jorn, Carl-Henning Pedersen et Henry Heerup. Ensuite, chaque groupe national se voit consacrer un espace. Ce sont d’abord les Danois avec des toiles majeures, comme Peur (1950) de Jorn ou Paysage étincelant (1949) de Pedersen. Suit la présentation du Groupe expérimental hollandais avec notamment une remarquable grande gouache, Sans titre (1950), peinte par Constant et Corneille, puis vient le groupe belge où est montrée une rare peinture d’Hugo Claus, Évènement de nuit (1950) tandis que la sculpture Échinoderme (1957) de Reinhoud prend place dans une niche traversante. Un espace consacré à la poésie recèle ce qu’Estelle Guille des Buttes-Fresneau, directrice du musée, nomme « le talisman de l’exposition ». C’est Dentelles de foudre (1948), la première peinture-mots, réalisée par Jorn et Christian Dotremont quelques mois avant la fondation de Cobra, une œuvre majeure de l’histoire de l’art et de l’histoire de Cobra. » Une salle présente ensuite les artistes internationaux, l’Islandais Svavar Gudnason, l’Américain Shinkichi Tajiri, les Anglais Stephen Gilbert et William Gear ou le Français Jean-Michel Atlan, plus âgé que les membres du groupe mais qui les a soutenus. Enfin, pour terminer en beauté, des céramiques réalisées à Albisola et, en harmonie avec un grand mur bleu, des œuvres majeures de la fin de la carrière de membres du groupe comme Jorn (La Fleur perdue de 1970) ou Corneille (Odalisque couchée avec oiseau, 1972). Colorée, lumineuse, intense, bénéficiant d’une scénographie réussie de Loretta Gaïtis, accompagnée d’un livre très complet, l’exposition est une étape importante dans la redécouverte de Cobra.