Philippe Cognée sur tous les fronts

Il est partout. Une rétrospective au Mans, une confrontation avec Monet au musée de l’Orangerie et une autre avec Bourdelle au musée éponyme. Lorsqu’on lui pose la question de cette omniprésence dans l’actualité artistique, Philippe Cognée s’excuse presque en expliquant que ces trois projets ont été étalés dans le temps et que c’est l’arrivée de la Covid-19 qui a télescopé les dates. Pour autant, chacune de ces expositions présente un aspect différent de l’œuvre. Si au Mans, on a droit à un parcours chronologique, les deux autres manifestations abordent cette production artistique sous des angles singuliers. À l’Orangerie, Cognée entre en résonance avec le travail de Monet en explorant un thème que les deux artistes partagent : l’immersion dans la nature. La différence réside dans le fait que chez le peintre impressionniste, c’est un paysage aquatique semi-abstrait, tandis que chez Cognée, c’est une forêt dense et enchevêtrée. Toutefois, que ce soient les Nymphéas ou les arbres qui forment une paroi quasi-infranchissable - Entre chien et loup (2023) -, le regard tâtonne et se perd dans la matière qui remonte à la surface. Au Musée Bourdelle, outre quelques sculptures en bois - Têtes d’hommes (1989), un prétexte pour un face à face un peu forcé -, c’est l’occasion de présenter un cycle étonnant. Il fallait une grande salle pour mettre en scène cette série interminable, composée d’environ 1100 pièces : Le Catalogue de Bâle (2013-2015). Ayant déchiré plusieurs catalogues, bien épais, de cette célèbre foire, Cognée colle les pages sur une feuille d’aluminium et enduit le papier d’une couche préparatoire pour éviter que l’huile ne vienne “manger” le papier. Ensuite, il repeint chaque image à l’identique, en respectant toujours le même temps de travail afin de ne pas s’attarder sur certaines pièces. En choisissant le même format - A4 - pour toutes ces images, Cognée accentue l’aspect sériel de la réalisation, une manière de remettre en question la hiérarchie consacrée par l’histoire de l’art, indissociable de celle du marché. La foire de Bâle, ce temple du commerce, appréciera. Itzhak Goldberg