, A Pont-Aven, l’orientalisme se fait femme

Le mérite de l’exposition - entre histoire et anthropologie - organisée par Arielle Pelenc, critique d’art et Sophie Kervran, directrice des musées de Pont-Aven, est de sortir des oubliettes un pan de la création artistique française qui s’étale entre 1880 et 1944. La France ou plutôt l’empire français dont les vastes colonies sont une source d’inspiration exotique aux artistes. Pour autant, si certains peintres appartenant au mouvement orientaliste sont connus – Gustave Guillaumet, Eugène Fromentin – les femmes semblent inexistantes. Ici, on trouve réunies les rares créatrices qui se sont risquées dans ces lieux éloignés de la métropole. Soyons précis, ce ne sont pas vraiment des aventurières car dans la majorité des cas, elles accompagnent leurs maris, fonctionnaires ou propriétaires d’une mine ou d’une plantation. Ayant souvent fréquenté l’académie Julian à Paris, elles profitent de ce séjour pour pratiquer leur art. Partagent-elles les même rêves et fantasmes, dirigés uniquement par le principe du plaisir, que leurs confrères masculins ? Pas tout à fait, car l’érotisme est totalement absent de cette production picturale. Qui plus-est, ces femmes sont capables d’entrer plus aisément en contact avec la population locale. Ainsi, on peut voir des scènes quotidiennes moins idéalisées, plus intimistes – La Lecture, 1919-1920, Lucie Cousturier, Bédouines à Gabès, 1922, Jeanne Thil. En revanche, autant que les hommes, ces artistes semblent « vaccinées » contre l’avant-garde. Une seule exception, le cubisme « soft » de Marcelle Ackein – Bergers au Douar, 1930. Mais, peut-il en être autrement, quand l’art, imprégné volontairement ou non, par les lieux communs coloniaux, reste figé dans un présent perpétuel ?

Itzhak Goldberg