Le musée Barbier-Mueller, cet écrin intime et chaleureux, propose un face à face entre sa célèbre collection des « arts lointains » -on doit ce terme à Fénéon – et deux artistes contemporains, Zoé Ouvrier et Arik Levi. Le titre de l’exposition, « Pensées Invisibles », laisse la possibilité, selon ces deux créateurs, d’ « une connexion intuitive, instinctive, telle une sensation qui peut donc ne pas se révéler à première vue ». De fait, il faut une certaine imagination pour détecter les connivences entre la peinture fluide de Zoé Ouvrier qui serpente sur les murs et les différents artefacts africains et océaniens. Certes, on devine çà et là un tronc d’arbre, des branches enchevêtrées ou des racines mais on songe davantage à la souplesse des tissus africains qu’à la dureté des sculptures en bois. Avec les travaux d’Arik Levi, les rapprochements avec les œuvres de la collection sont plus tangibles. Alternant matières et techniques, l’artiste entretient un riche dialogue avec les œuvres anciennes. Ainsi, un lien immédiat s’établit entre un magnifique visage en onyx, tout en facettes (Negative Space L) et le Masque du ngil, fait dans la tradition Fang (Gabon). De même, une statue funéraire masculine de Madagascar semble adresser la parole à travers le temps à MicroRock, FormationWood 142 (2022), une figure réalisée avec des quartiers de bois lisse, un assemblage d’un équilibre ténu. Terminons sur une œuvre étonnante de Levi en bronze cuivré, mi-vase, mi-fleur, titrée Ghost (fantôme), 2022. L’incarnation de l’invisible ?

Itzhak Goldberg