Bruxelles, Belgique
L’Art et la politique en Géorgie
Bozar, jusqu’au 14 janvier
Europalia, cet événement organisé en Belgique une année sur deux, a le mérite de faire découvrir au public la culture de parties de l’Europe parfois peu connues. Dans le cadre de l’édition récente, consacrée à la Géorgie, c’est son avant-garde qui est exposée à Bozar. Le parcours, qui va de 1900 à 1936, montre clairement l’impossibilité de séparer art et politique dans un pays qui a subi l’occupation de l’Empire russe, puis celle de l’Union soviétique. Au cœur de l’exposition, les trois courtes années pendant lesquelles la Géorgie fut indépendante, 1918-1921. A l’entrée, une seule œuvre récente, exécutée en 2018 par Levan Chogoshvili – Le Chemin de l’an – La carte du modernisme géorgien – rend hommage au Groupe 41, le principal rassemblement artistique de ce pays, né un siècle plus tôt à Tbilissi. Les travaux qui suivent, montrent les rapprochements entre un art qui s’inscrit dans la tradition locale – un réalisme stylisé - et différents mouvements de la modernité. Le symbolisme – par les créateurs qui ont complété leur formation à Munich, Gigo Gabashvili ou Alexander von Salzmann -, le primitivisme inspiré par Larionov et Gontcharova, le cubisme et le futurisme, « importés » par les peintres qui ont séjourné à Paris – David Kakabadze entre autres. Particulièrement intéressants sont les dessins préparatoires pour les décors de théâtre et les costumes, un domaine qui a gardé une certaine liberté d’expression même après 1921. Liberté à laquelle la peinture n’a pas eu droit. Soit deux toiles de Kakabadze. La première de 1917, un paysage magnifique, un puzzle d’une richesse chromatique étonnante. La seconde, de 1947, reprend le même paysage mais avec une centrale hydraulique au premier plan. Le camarade Staline est passé par là.
Itzhak Goldberg
L’avant-garde en Géorgie, 1900-1936, Bozar.