L’expressionnisme flamand, plus tardif que celui allemand, se développe juste avant la Première Guerre mondiale. Les principaux membres – Constant Permeke, De Smeth, Frits Van den Berghe – sont alors réunis dans le village de Laethem-Saint-Martin, à proximité de Gand. Tous privilégient la représentation de la vie rurale, exprimée avec une intensité primitive, dans un style grave et hiératique. C’est l’esprit du terroir, attaché à une tradition nationale, voire régionaliste, qui domine cette création. Les peintres sont sensibles à l’aspect social, aux luttes ouvrières, au sort des classes laborieuses et ils représentent des personnages rustiques – paysans, pêcheurs, ouvriers. Cependant, l’originalité de la manifestation à La Haye est de montrer un pan moins connu de cet expressionnisme : des travaux plus lumineux, réalisés pendant les années 1920. Des scènes populaires - des kermesses, des promeneurs en barques ou des joueurs de cartes au café - reflètent le soulagement de cette période. Les couleurs s’éclaircissent, les formes s’allègent, et avec parfois on peut déceler un ton légèrement ironique – surtout chez De Smeth. Il faut croire qu’à la différence de l’Allemagne où l’arrivée de la Nouvelle objectivité marque une rupture nette avec l’expressionnisme, ici les limites avec le surréalisme ne sont pas étanches. L’univers d’Ensor, ce mélange étonnant de réalisme et de fantastique ou encore l’imaginaire débridé de l’art flamand favorisent la résistance au pathos expressionniste.
Itzhak Goldberg
« Les expressionnistes flamands. Merveilleux souvenirs », jusqu’au 20 août, Kunstmuseum de La Haye, Pays-Bas