L’œil 769
Timisoara- Bucarest- Roumanie
La Roumanie, capitale de l’Europe.
Soyons précis, c’est Timisoara, célèbre pour avoir joué un rôle décisif au cours de la révolution de 1989 – l’année de la chute du règne de Ceausescu -, qui est la capitale culturelle européenne en 2023. Surnommée la petite Vienne, la ville possède un patrimoine architectural impressionnant – baroque, Sécession – mais ne vit pas uniquement sur son passé glorieux. Preuve en est, l’exposition au Musée National de Timisoara met en scène Constantin Brancusi, un des artistes les plus importants du XXe siècle. Le titre de la manifestation, organisée par Dona Lemny, « Sources roumaines et perspectives universelles » tient lieu de programme. De fait, le parcours propose des travaux directement liés au pays natal de Brancusi : l’oiseau fabuleux Maiastra, un « personnage » d’une ancienne légende roumaine – ici en bronze, 1911 et en marbre, 1915- ou, Jeune femme en costume roumain (1912). D’autres œuvres sont de parfaits exemples de métamorphose d’une matière inerte en souffle de vie, d’une forme concrète en idée abstraite. Ainsi, avec le magnifique Oiseau dans l’espace (1923), l’oiseau se transforme en élan ascensionnel. Ailleurs, avec les différentes versions du Baiser, Brancusi introduit la notion de la sérialité et du multiple dans la sculpture. Série qui aboutira à la célèbre Colonne sans fin, une succession de doubles pyramides tronquées et inversées, qui forment une colonne d’une trentaine de mètres de hauteur. De manière inattendue, l’historien de l’art Erwin Kessler, commissaire de l’exposition « L’Impact Picasso », pointe la ressemblance entre cet élément de construction employé Brancusi et la forme d’un vase dans un tableau du maître espagnol, datant de 1908. Même si le rapprochement est discutable, on suit avec intérêt le parcours proposé à MARe, ce musée privé situé à Bucarest. Entre fascination et rejet, on constate que l’impact de Picasso sur les créateurs roumains varie presque autant en fonction du contexte politique dans ce pays qu’il dépend d’une évolution purement esthétique. Plus qu’ailleurs, ici l’art ne peut pas faire abstraction de l’histoire.
Itzhak Goldberg
« Sources roumaines et perspectives universelles », Musée National de Timisoara, Timisoara, « L’Impact Picasso », MARe, Bucarest
Itzhak Goldberg