L’œil 769
Londres – Grande-Bretagne
Souriez, vous êtes peints
National Gallery, jusqu’au 21 janvier
Face à l’exposition de Frans Hals – magnifique - le visiteur a l’impression de retrouver de vieux amis. D’une part, certaines images iconiques de l’artiste néerlandais – La Bohémienne, 1632 -, reproduites à l’infini, font partie du répertoire artistique universel. D’autre part, ses portraits, et c’est leur particularité, donnent l’impression de s’adresser directement à tous et à chacun. Certes, les portraits que le peintre réalise à ses débuts, s’inscrivent encore dans la tradition nordique. Sombres, sur un fond noir, les personnages entourés d’une série d’accessoires - le plus souvent d’ordre vestimentaire – qui permettent d’identifier leur position sociale, gardent encore la dignité due à leur rang. Légèrement en retrait, le regard dirigé vers un ailleurs, ils ignorent leurs contemporains (Portrait d’un homme tenant un cran, 1612, Portrait de Willem van Heythuysen, 1625). Rapidement, toutefois, Hals prend ses distances avec la manière officielle de figurer ses patrons. Présentés dans des attitudes plus spontanées, ils affichent souvent un sourire ou même un rire contagieux. L’exemple le plus spectaculaire est celui de Pieter van den Broecke (1633) où le marchand, situé au premier plan, semble pratiquement s’échapper de l’espace de la toile et se diriger vers le spectateur. Pour comprendre ce changement, une salle du musée met en scène une série d’effigies d’individus qui n’appartiennent pas à la classe sociale ayant droit au portrait. Ainsi, The Rommel pot player (1620), un musicien de rue, est représenté accompagné d’enfants qui, comme lui, ont des expressions joyeuses. Ailleurs, c’est Le Joueur de luth, 1924, au sourire narquois. Même si les images de ces personnages ordinaires sont celles de “types” plutôt que de véritables portraits, on constate que Hals va désormais appliquer la même souplesse de traitement pour l’ensemble de son œuvre. Sans doute, ses représentations restent parfaitement reconnaissables. Pour autant, cette ressemblance ne se situe pas dans des détails précis mais dans des traits suggérés par des touches rapides, impressionnistes en quelque sorte. Il est impossible de ne pas songer au pinceau énergique de Rubens, une source d’inspiration de Hals. Finissons toutefois sur Rembrandt, dont la gloire – justifiée – continue à projeter une ombre géante sur son confrère. Cependant, quand ce maître du clair-obscur a choisi de mettre en évidence le drame humain, de guetter les sentiments intimes cachés, Hals préfère faire apparaître des expressions moins graves sur les visages. L’un et l’autre partagent néanmoins un point commun : le refus de l’indifférence.
Itzhak Goldberg
Frans Hals, National Gallery, Londres