Somptueux est le mot qui convient le mieux à la nouvelle édition des Fables de La Fontaine, illustrées magnifiquement par Chagall. Celle de 1952, par Tériade, a mis longtemps à naître. A la demande de Vollard, l’artiste réalise rapidement les gouaches entre 1926 et 1927. Pour Chagall, c’est une parfaite occasion de mettre en scène son bestiaire réel et imaginaire, ses animaux et ses hybrides. Le résultat est un sommet de la richesse chromatique de l’artiste, qui y exploite toutes les qualités de la technique de la gouache, sa fluidité et sa transparence. Mais, l’enjeu pour lui dépasse largement l’aspect iconographique ou esthétique. En abordant, après Gogol et ses Ames mortes, un texte fondamental de la littérature française, Chagall s’intègre et rend hommage à sa nouvelle patrie. Patrie pas nécessairement reconnaissante, car confier l’illustration d’un classique français à un étranger, qui plus est, slave et juif, semblait à de nombreux critiques presque un acte de trahison. Mais ça, bien sûr, c’était avant.
Itzhak Goldberg
Les Fables de La Fontaine, éd Hazan.