Le surréalisme a-t-il un sexe ?
Vous n’y échapperez pas. Non seulement depuis quelques années, le surréalisme a le vent en poupe mais encore il sera fêté en grande pompe en 2024, date qui marque le centenaire du Manifeste Surréaliste rédigé par André Breton. Le Musée de Montmartre annonce clairement son angle d’approche avec un titre passablement accrocheur : « Existe-t-il un surréalisme féminin ? ». La réponse, normande, est non, il n’existe pas de surréalisme féminin, oui, il existe une pléthore d’artistes femmes surréalistes, comme le démontre amplement la manifestation. Le grand mérite de la présentation ici est de ne s’arrêter ni aux créatrices déjà reconnues, honorées par la dernière Biennale de Venise – Leonora Carrington, Meret Oppenheim, Kay Sage - ni aux années historiques auxquelles on cantonne les surréalistes. D’une découverte à l’autre – Mini Parent, Aube Elléouët - les visiteurs peuvent constater que la mort de Breton en 1966 n’a pas mis fin à ce mouvement pour au sein duquel l’érotisme, le rêve, la provocation, la poésie, l’absurde - semblent encore possible. Sans doute, cette vision subversive du monde, ce refus des normes, attire les femmes qui voient dans le surréalisme non seulement une tendance artistique mais également un état d’esprit libérateur. Il s’agissait toutefois d’une illusion car si leurs acolytes masculins haussent l’image de la femme sur un piédestal où elle devient le support de tous les fantasmes, elle n’en demeure pas moins la femme enfant, la femme muse ou l’amante. Ainsi, lucide, Dorothea Tanning remarque que « la place de la femme dans le surréalisme n’était pas différente de sa place dans la société bourgeoise en général » (catalogue). C’est avec justesse que les commissaires, Alix Agret, historienne de l’art et Dominique Païni, commissaire indépendant, insistent sur le fait que leur exposition n’a pas comme thème l’image de la femme chez les surréalistes mais la production des femmes surréalistes. Pour autant, ces femmes artistes ont des pratiques semblables à celles des hommes. Assemblages, collages et photomontages seront les modes opératoires permettant de défaire, disjoindre et disloquer ce qui, une fois construit selon une tout autre logique, portera cependant les traces des effractions originelles. Peut-on, malgré tout, évoquer des thèmes particuliers du surréalisme « féminin » ? On peut remarquer ça et là, une certaine porosité entre les genres (Claude Cahun et Marcel Moore, Aveux non avenus, 1930 ou Suzanne Van Damme, Couple d’oiseaux anthropomorphes 1946), peu fréquente chez les artistes-hommes, probablement trop jaloux de l’image de leur virilité. Les autres traits pointés par les organisateurs – des activités littéraires et poétiques, une certaine tendance vers l’abstraction – une magnifique sculpture d’Isabelle Waldberg, Palais, c. 1947 -, des métamorphoses végétales – sont partagés par tous les surréalistes. Ce manque de distinction est la preuve définitive que, hommes ou femmes, la seule chose qui compte est la qualité des œuvres. Vivement le jour où la mention du genre de l’artiste deviendra inutile.
Itzhak Goldberg