Richard Guino, sculpteur, décorateur et alter ego d’Auguste Renoir.
Le Musée d’art Hyacinthe Rigaud à Perpignan a un penchant net pour révéler au grand public des acteurs du monde artistique que l’histoire a négligés. Parfois, il s’agit de personnages dont le nom reste lié définitivement à une célébrité, comme l’a montré la dernière exposition, avec le « couple » Daniel de Monfreid et Paul Gauguin. Dans le cas de Richard Guino, (1890-1973), -dont le musée, à l’aide de ses Amis, a fait plusieurs importantes acquisitions – ce nom est resté attaché à celui d’Auguste Renoir. Cependant, c’est avec Aristide Maillol que l’histoire commence. Guino qui découvre l’artiste français en 1908 grâce à une exposition à Gérone, sa ville natale, monte à Paris et s’inscrit à l’Académie Ranson. Maillol l’introduit auprès de Maurice Denis qui lui commande l’exécution de deux reliefs destinés au décor du Théâtre des Champs-Élysées. On remarque ainsi que dès ses débuts le sculpteur catalan est destiné à la collaboration artistique – il participe également au moulage de L’Été de Maillol - et est attiré par les arts décoratifs. D’ailleurs, la dernière partie du parcours à Perpignan montre ses céramiques colorées. En même temps, Guino réalise des sculptures et des reliefs dans un style classique avec des accents archaïsants (Torse à la draperie, 1912). Puis, c’est l’accord parfait avec Renoir, écrit Pascale Picard, dans le catalogue, extrêmement fouillé. Entre 1913 et 1917, sur le conseil d’Ambroise Vollard, Renoir, dont les mains sont pratiquement paralysées, fait appel à Guino pour qu’il réalise des sculptures – allégories ou portraits de famille – selon ses indications. Même s’il ne s’agit pas de la meilleure partie de la production plastique du peintre impressionniste – plutôt kitsch – on peut apprécier le travail de Guino, qui semble maîtriser plusieurs matériaux ainsi que la couleur. Suite à des années de bataille juridique, ces travaux sont attribués définitivement aux deux artistes. L’enjeu de l’attribution a pris toute son ampleur dans l’art contemporain avec des procès entamés aux artistes « inspirés » par des clichés publicitaires, comme celui - gagné - fait par le photographe Franck Davidovici contre Jeff Koons. Itzhak Goldberg