Après la belle rétrospective chez les voisins – Musée Fabre, Montpellier, 2016 – le Carré d’Art de Nîmes rend hommage spectaculaire à son héros local, Claude Viallat. Sur les deux étages, vidés pour l’occasion, l’œuvre récente – depuis 2000 – se déploie. On retrouve ainsi la forme devenue la signature de l’artiste, ni organique ni géométrique, ni symbolique ni figurative, à mi-chemin entre le haricot et la palette. Cette marque colorée, impossible à nommer tout en restant immédiatement reconnaissable, est déclinée sur une toile ou des toiles superposées, sur une bâche ou sur un autre matériau de hasard, souvent aux contours irréguliers. De cette manière, l’artiste, qui expérimente un geste pictural simple et archaïque, dénué de toute virtuosité ostentatoire, se donne comme but de retrouver les “origines de la peinture”. Les couleurs et leurs harmonies, parfaitement maîtrisées, varient sans cesse et donnent lieu à un feu d’artifice chromatique jouissif, qui flirte parfois avec le décoratif. Ailleurs, les travaux de ce membre fondateur de Supports/Surfaces cherchent à démystifier l’œuvre en montrant différentes techniques et manipulations qui participent au processus de sa fabrication. Ainsi, avec des cordes épaisses, Viallat réalise des nœuds impossibles à exploiter dans la pratique quotidienne. L’artiste, en effet, fait partie d’une génération de plasticiens qui cherchent à s’approprier un savoir-faire pour mieux le trahir par la suite. Ces cordes, parfois associées à des morceaux de bois, forment des objets non déterminés qui, posés avec soin à même le sol, complètent un accrochage parfait. Trop parfait, car il semble trahir ce que Gilbert Lascaux, dans ce qu’il nomme « une esthétique dispersée », détermine comme « une esthétique facilement attirée par l’impur, le mélange, le bigarré » (Écrits timides sur le visible, 10/18, 1979). On regrette que l’esprit de ce texte, pourtant cité dans le somptueux catalogue par le commissaire, Matthieu Leglise, ne soit pas appliqué dans l’espace du Carré d’Art. Il est trop tôt pour transformer la production plastique inventive de Viallat en un geste muséal propre et respectueux. Un hommage n’est pas une canonisation.

Itzhak Goldberg