En présentant Hans Josephsohn (1920-2012), le Musée d’Art Moderne de Paris remplit une de ses missions essentielles : faire découvrir au public des artistes qui, malgré leur notoriété, restent encore méconnus en France. C’est le cas de Josephsohn, admiré en Suisse – il a même droit à son propre musée. Né en Allemagne dans une famille juive, l’artiste se voit refuser l’accès aux écoles d’art en raison des lois antisémites. Après un séjour en Italie, il s’installe définitivement à Zurich, où il rencontre Otto Müller, un sculpteur qui l’accueille dans son atelier. Dès lors, la production artistique de Josephsohn se concentre principalement sur la figure humaine, debout ou allongée. L’exposition, organisée par Jessica Castex en collaboration – fait notable – avec l’artiste allemand Albert Oehlen, bénéficie d’une scénographie élégante signée Cécile Degos. Le parcours alterne des œuvres figuratives, comme Sans titre, 1969, et d’autres, traitées plus librement - Sans titre, 1990. Souvent exécutés en plâtre, ces corps portent les empreintes de la main de l’artiste, qui témoignent du caractère tactile et brut de son processus créatif. Les pièces les plus puissantes sont celles réduites à leur essence : des formes simplifiées à l’extrême, évoquant des totems archaïques ou des blocs de pierre venus de la préhistoire, comme Sans titre (Varena). Cependant, même ici, le regard parvient à déceler un visage qui surgit de la matière épaisse. Anthropomorphique, oscillant entre un certain classicisme et une modernité assumée, la sculpture de Josephsohn ne renonce jamais aux traces de l’humanité.

Itzhak Goldberg