Rares sont les expositions où les visiteurs passent devant les œuvres en souriant. Plus rares encore sont les manifestations qui peuvent proposer au public un peintre local – cette appellation un peu condescendante – qui est une star internationale. C’est le cas du Musée des Beaux-Arts de Rouen, car depuis quelques années, David Hockney a élu domicile en Normandie Celui qui pendant longtemps effectuait des allers-retours entre les États-Unis et l’Angleterre a trouvé refuge dans cet environnement bucolique. Comme preuve, l’autoportrait placé au début du parcours, qui respire la sérénité. Curieusement, la modestie de l’exposition s’accorde parfaitement avec la dimension de proximité qu’elle accentue. La galerie des portraits, dont les modèles font partie de l’entourage proche de l’artiste, amis mais aussi des personnes qu’il emploie, suscite une forme d’intimité bien différente des images glacées des années 1970. Est-ce l’effet d’un âge avancé – l’artiste est né en 1937 – qui adoucit les mœurs ? Quoi qu’il en soit, cette bienveillance face au monde ne ralentit pas ses capacités de se renouveler sans cesse. Dans une petite salle sont projetées ses deux sujets favoris, la figure humaine et le paysage, des aquarelles digitales mobiles en quelque sorte, réalisées à l’aide de son iPad. Inspiré par ces variations, Hockney décline les changements atmosphériques qu’il perçoit dans ses environs. Transposés en peinture, un chemin rouge qui traverse une prairie, quelques nuages qui flottent, ces représentations de la nature côtoient des toiles de Monet, son voisin à Giverny et son alter-ego impressionniste, à un siècle près. Mais, et c’est la partie la plus étonnante ici, Hockney sait également renouveler ces thèmes. Ainsi, on a droit à une magnifique série de nocturnes imprimées sur papier, plongées dans un éclairage tamisé, qui met en scène le trajet de la lune dans le ciel. En d’autres termes, la technologie est au service de la poésie.
Itzhak Goldberg