Née en 1940 à Vienne, Martha Jungwirth, qui fait partie des artistes majeurs de son pays, reste totalement méconnue en France. En effet, tout laisse à penser que l’intérêt des institutions artistiques françaises pour l’art autrichien s’arrête après Schiele et Kokoschka. Pourtant, rares sont les créateurs qui figurent avec une telle puissance un monde en éclats et dont l’œuvre est d’une singularité et d’une inventivité remarquables. L’artiste, qui a fait ses études à l’Université des arts appliqués de sa ville natale, reste à l’écart des Actionnistes, ce mouvement radical dont les performances s’attaquent violemment au corps humain. Sa violence, plus subtile, s’exprime par sa manière d’introduire l’abstraction au sein de la représentation de la réalité. Les images de Jungwirth, qui dégagent une énergie explosive, mettent en scène des objets ou des figures incomplets, fragmentés. De temps à autre, entre les taches et les éclaboussures de couleur, surgissent un animal magnifique, Bucéphale (2021), ou un visage déformé par la souffrance. Dans cet univers, il n’y a que les œuvres artistiques qui échappent – partiellement – au même destin. Regroupées, les variations sur la célèbre toile de Goya, La Maja desnuda - cette courtisane reconnaissable entre toutes - se transforment graduellement en un fantôme vêtu de blanc qui fait corps avec la peinture. Mais, les quelques dessins translucides, fantomatiques, de 1975-1976, inspirés par un séjour new-yorkais – des objets, des buildings ? - montrent déjà toute l’ambiguïté de cette œuvre.
Itzhak Goldberg