Jean Lurçat, maître ès céramique Célèbre en tant que peintre cartonnier de tapisseries, Jean Lurçat (1892-1966) fait partie de ces créateurs qui passent aisément d’un domaine artistique à l’autre. Ainsi, il pratique la peinture de chevalet jusqu’en 1929, puis il aborde la tapisserie et les décors de théâtre pour finir avec la céramique dès 1951. Le mérite de l’exposition au musée Rigaud est de « dévoiler l’œuvre prolifique et diversifiée de cet artiste du 20e siècle à travers quatre axes thématiques : la Terre, le Feu, l’Eau et l’Air ». On y constate l’unité globale de la démarche de ce créateur : la richesse des couleurs, l’imagination exceptionnelle et un style singulier mais qui n’ignore pas les différentes avant-gardes - fauvisme, cubisme, art déco. Le choix du musée de mettre en évidence la céramique se justifie par la présence de Lurçat dans les ateliers de Sant Vicens, près de Perpignan. C’est dans ce lieu que l’artiste aborde la faïence émaillée. Il est loin d’être le seul car, au même moment, un engouement se développe pour cette forme artistique. Picasso et Chagall fréquentent l’atelier Madoura à Vallauris, Miró travaille avec Artigas et Dufy installe en 1940 son atelier à Perpignan. Assisté par le poète et céramiste Gumersind Gomila, Lurçat réalise des travaux de dimensions importantes. Ici, toutefois, ce sont de magnifiques vases aux formes irrégulières, recouverts de figures fantastiques et de symboles cachés, qui captent le regard. Chez Lurçat, les frontières entre l’artisanat et l’art restent fluctuantes. C’est sa force. Itzhak Goldberg