L’Objet au cœur du Nouveau Réel
Grâce au partenariat établi avec la riche collection du MAMAC niçois, actuellement fermé pour travaux, le musée de Biot, consacré à Léger, présente une confrontation entre ce dernier et les Nouveaux Réalistes. Selon les commissaires Julie Guttierez et Rebecca François, le titre choisi pour le groupe d’artistes réunis par le célèbre critique d’art Pierre Restany en 1960, s’inspire d’une formule de Léger qui parlait déjà de nouveau réalisme en 1924. Certes, les œuvres des Nouveaux Réalistes s’éloignent de la peinture traditionnelle. Chacun de ces créateurs invente une nouvelle manière de saisir directement la réalité. Ainsi, Arman accumule différents détritus et rebuts urbains qu’il assemble dans ses objets-tableaux ; César compresse les automobiles à l’aide d’une presse hydraulique ; Spoerri colle sur des toiles des restes de repas ou des étalages de foire aux puces, qu’il bascule ensuite à la verticale ; Raymond Hains et Jacques Villeglé lacèrent les affiches publicitaires… Pour eux, l’art est inséparable des conditions économiques et sociales de sa production. Ces artistes blasés qui émergent à l’ère de la consommation de masse sont tous marqués par le caractère éphémère et fondamentalement précaire de l’objet. Il n’en reste pas moins que l’on est frappé par la ressemblance entre les objets déconstruits et flottants de la peinture de Léger et ceux d’Arman, entre les femmes-cyclistes plantureuses et les Nanas de Niki de Saint-Phalle, ou encore par l’importance de la couleur bleue, la couleur fétiche d’Yves Klein. À une différence près. Pour Léger, le nouveau réalisme de sa peinture annonce une nouvelle société. Utopique ?
Itzhak Goldberg