Les marques de Jean Degottex

André Breton a eu raison de souligner, en 1955, lors de l’exposition de Jean Degottex intitulée “L’Épée dans les nuages”, l’influence de l’esthétique chinoise sur l’artiste français. Il fallait avoir l’œil car les œuvres de Degottex de cette époque, pas toujours remarquables, s’inscrivent dans une abstraction lyrique caractéristique de la Nouvelle École de Paris des années cinquante. Michel Gauthier aborde rapidement cette période dans son ouvrage pour se concentrer sur ce qu’il appelle, en reprenant le titre du livre de Roland Barthes, “L’empire du signe”. Il fait remarquer que même si Degottex a déjà expérimenté la peinture calligraphique et qu’il a des affinités avec la pensée zen, ce qu’il montre dans ses œuvres ce ne sont pas des signes mais des marques. Cette distinction est pertinente, car des œuvres comme “Ascendant” ou “Le Pollen noir”, toutes deux de 1955, où une ou plusieurs lignes traversent la toile en hauteur, ne sont pas des signes codifiés mais plutôt le résultat d’un geste. Pour reprendre les mots de Gauthier, ces marques appartiennent à une langue qui n’existe pas. Il convient de noter que ce langage cryptique se retrouve également chez Mathieu ou chez Hantaï. Cependant, les marques chez Degottex - qui exclut tout élément décoratif de sa peinture - trouvent leur origine dans la matérialité même du support. Les diverses manipulations (collages, perforations, accidents ou cicatrices) obéissent à une organisation rigoureuse, presque ascétique dans sa sobriété. Les nombreuses illustrations accompagnant cet ouvrage suivent pas à pas cette œuvre d’une puissance discrète.

Itzhak Goldberg

Degottex, Michel Gauthier, éd du Regard, 59 E, 320 p.