Cachée dans un passage parisien, la Fondation Dubuffet reste discrète. Ce n’est que lors d’une occasion spéciale, son cinquantième anniversaire en l’occurrence, qu’elle a décidé de se mettre un peu en avant. Une salle est dédiée à une chronologie visuelle retraçant les 50 années d’activités de la fondation. Mais, bien entendu, c’est l’œuvre de Dubuffet qui est au cœur de la présentation, s’étalant sur trois niveaux. Tâche qui n’est pas aisée car, polymorphe et boulimique, l’artiste est à l’origine d’une production plastique d’une exceptionnelle abondance, comprenant plus de 10 000 travaux répertoriés. Sophie Webel, la directrice des lieux, a choisi de mettre en exergue un thème transversal à dans ? l’œuvre du père de l’Art brut : le visage humain. Le parcours, débutant dans les années vingt, permet de découvrir des débuts étonnamment classiques : le portrait de profil de Georges Limbour (1920) ou, plus tard encore, Lili style Renaissance (1936). Progressivement, ces visages déformés, tordus jusqu’aux limites de l’informe, constituent une déclaration contre notre habitude de conférer à cette figure le beau rôle, contre l’importance accordée à la ressemblance. Dubuffet s’attaque à la vision humaniste en lui opposant la dérision, déjà présente dans le un titre comme celui de la série Les gens sont plus beaux qu’ils croient (1947). Ces portraits de peintres et d’écrivains, souvent des amis de Dubuffet, sont selon lui : “Anti-psychologiques, anti-individualistes…, des futiles accidents-un visage plus gras, un nez plus court-qui peuvent différer une personne d’une autre” (Prospectus et tous écrits suivants, Gallimard). Utilisé à contre-courant, le « portrait » devient ici un terrain d’expérimentation. Chairs feuilletées (1954), ce visage couvert de matière, n’en est qu’un exemple parmi d’autres. Face à l’univers tragique, parfois marqué par le pathos, de Bacon, l’artiste français a fait le choix de l’exubérance forcenée, de l’ironie grinçante qui effleure parfois l’absurde. Itzhak Goldberg

Chronique de 50 ans d’activités, jusqu’au fin novembre Fondation Dubuffet, Paris,