A l’entrée de l’exposition de Vera Molnar, modeste mais élégamment agencée, la lettre M est tracée sur le mur. Plus précisément, ce sont quelques dizaines de M qui pratiquent une drôle de gymnastique. Pivotant autour d’elle-même, la lettre devient E, W, 3 ou tout autre signe, plus ou moins lisible. Sans doute, ce choix n’est pas innocent : un hommage à Mondrain ou à Malevitch, les références majeures de cette artiste hongroise (1924-2023), ou tout simplement un clin d’œil autobiographique. On le sait, chez Molnar, l’humour n’est jamais loin. A commencer par les titres. Ainsi, avec la série 100 carrées poussés au bout (1976), le carré, sa forme fétiche, éclate et se transforme en une série de tracées qui se chevauchent. Ailleurs, elle nomme Molnaroglyphes (1975-1976), d’autres carrés, en s’approchant et s’éloignant, forment des structures vacillantes. Avec elle, les lettres, les figures géométriques ou les lignes, sous une apparence ordonnée, voire rigide, ne sont jamais uniques, ni définitives. De fait, Molnar cherche à explorer les structures et les motifs répétitifs en utilisant la « Machine imaginaire », en quelques sorte un prototype de l’ordinateur qu’elle invente en 1959. A l’aide de programmes simples qu’elle met en œuvre à la main, étape par étape, l’artiste obtient des séries ou des variations sur un thème précis. Puis, à partir de 1968, Molnar a accès aux véritables ordinateurs pour générer des compositions selon les paramètres qu’elle définit. Pour autant, comme son ami François Morellet, elle ne laisse jamais le contrôle de ses œuvres aux seuls algorithmes. Le hasard ou le désordre qu’elle introduit à petites doses dans l’univers de la machine est la source de la poésie qui se glisse au sein de cadres strictes. Faut-il croire que Molnar, qui affirmait être inspirée à ses débuts par le cubisme connaissait la phrase de Georges Braque : J’aime la règle qui corrige l’émotion. J’aime l’émotion qui corrige la règle.

Itzhak Goldberg,