Impossible de séparer l’œuvre plastique de Alina Szapocznikow (1926- 1973) de son destin. Polonaise, juive assimilée, rescapée des camps de concentration avec d’importantes séquelles, elle concentre l’essentiel de son activité artistique sur le corps, comme par dépit. Si, à ses débuts, elle réalise de nombreux projets pour des monuments, elle devient rapidement une des premières à développer les sujets féminins dans son pays. Toutefois, se sentant à l’étroit en Pologne, Szapocznikow s’installe à Paris ; elle y fréquente Pierre Restany et les Nouveaux Réalistes. Commence alors une période particulièrement dense (sur laquelle la rétrospective met l’accent) avec des travaux où des métaphores biologiques sont formées à partir de résines synthétiques et de matériaux spongieux, dégageant une sensualité organique. « Mon geste, écrit-elle, s’adresse au corps humain, cette zone érogène totale, à ses sensations les plus vagues et les plus éphémères ». Ainsi, les moulages de ses lèvres et de ses seins sont transformés en objets usuels excentriques, lampes ou cendriers, à mi-chemin entre le pop art et le surréalisme. Ailleurs, avec Tumeurs personnifiées (1971), ce sont les empreintes de son visage et de son corps fragmentées et répétées, comme des traces incomplètes. Sculptures et assemblages, dessins et photos seront présentés afin de permettre de découvrir un parcours où le kitsch est au service d’un imaginaire débridé. La perversion polymorphe est le nom donné par Freud au polymorphisme d’une jouissance qui est le propre de l’enfant préœdipien.

Alina Szapocznikow, WIELS, Centre d’Art Contemporain, Av. Van Volxemlaan 354, 1190 Bruxelles, tel +32 (0)2 340 00 50, www.wiels.org, 10 septembre 2011-08 janvier 2012 Troublantes, bizarres, baroques, souvent incomprises et définitivement inclassables, ses sculptures s’incarnent dans le bronze, la pierre, le ciment mais aussi des matériaux plus novateurs. Comprenant plus de 150 œuvres, l’expo permet d’appréhender toute sa carrière tandis que photos et archives nous plongent dans l’intimité du processus créatif. Construit chronologiquement, le parcours évoque d’abord les années à Prague et en Pologne où elle s’affranchit peu à peu de l’esthétique socialiste pour faire du moulage la matrice de son œuvre. L’accent est ensuite mis sur une approche plus radicale et novatrice qui voit le jour à Paris : le corps fragmenté devient alors le cœur de la production sculpturale et graphique. À travers ses Lampes-bouches ou la série des Ventres-coussins, l’artiste invente une mythologie personnelle et saisissante qui interroge la place des femmes dans la société.