L’hégémonie des vedettes américaines du Pop Art – Warhol, Lichtenstein ou encore Wesselmann, récemment montré à la Fondation Louis Vuitton – fait oublier que ce mouvement trouve son origine en Grande-Bretagne, dès les années 1950, avec l’exposition séminale This is Tomorrow (1957), tenue à Londres. Si l’on se rappelle que Pop Art est l’abréviation de « popular art », on comprend mieux la popularité exceptionnelle de David Hockney, célébré un peu partout. Jouissif, communiquant le plaisir de la peinture, son art a conquis un très large public. Certes, les quelques travaux que l’on trouve ici au début du parcours, dans un style qui doit beaucoup à Dubuffet, sont des manifestes plus ou moins explicites contre la persécution de l’homosexualité en Angleterre. Certes encore, les doubles portraits impressionnants réalisés à la fin des années soixante – le glaçant Christopher Isherwood et Don Bachardy, 1968 – sont des toiles à part dans cette production picturale. En revanche, des toiles comme Some Neat Cushions (1967) ou Saving and Loan Building de la même année sont des représentations littérales d’une réalité prosaïque, dans une veine chère au Pop Art. Cependant, à la différence de ses pairs, Hockney s’ouvre rapidement à la nature, qu’il met en scène à l’aide de couleurs exubérantes et de perspectives qu’il maltraite de manière spectaculaire. Cette partie de l’œuvre, ainsi que les nombreux portraits qu’il fait des gens qui l’entourent, sont au cœur de l’exposition qui, à la différence de celle présentée il y a à peine quelques années au Centre Pompidou (2017), n’est pas une rétrospective. On comprend que l’artiste, à l’âge de 87 ans, souhaite montrer les œuvres couvrant les 25 dernières années et s’implique grandement dans leur choix et leur présentation. Une volonté qui s’explique aussi par sa fascination relativement récente pour les images générées à l’aide d’un large éventail de moyens technologiques récents : copieurs, télécopieurs, iPhone, iPad. On a ainsi droit à de très – trop ? nombreux paysages où, à un point de vue stable, se substitue celui de la vision oculaire mobile. Si certaines de ces images sont remarquables, d’autres laissent l’impression que Hockney a trouvé un procédé qu’il exploite parfois avec excès. Par ailleurs, il est peut-être temps que la Fondation s’avise qu’il n’est pas nécessaire de remplir tous les étages, au risque d’un certain épuisement pour les visiteurs. Quoi qu’il en soit, on est impressionné par les autoportraits de l’artiste, ces visages mouvants, étrange mélange de dissemblances et de ressemblances. Suivent des travaux inspirés des maîtres – de curieuses versions du Massacre en Corée de Picasso ou une Annonciation de Fra Angelico. Puis, vient le grand final. Une magnifique vidéo, Bigger and Closer (2023), réalisée pour l’opéra d’Igor Stravinsky The Rake’s Progress, montrant des décors et des costumes réalisés pour l’opéra d’Igor Stravinsky The Rake’s Progress , est un enchantement. Visiblement, avec Hockney, l’âge ne freine pas la création.
Itzhak Goldberg