À l’entrée de l’exposition, quelques figures féminines hiératiques évoquent une forme de primitivisme, qui fascina tous les acteurs de l’avant-garde européenne. Ces œuvres marquent les débuts de la carrière de Barbara Hepworth (1903-1975). Rapidement, le style de l’artiste évolue de manière radicale. Le rapprochement judicieux entre Mother and Child (1934), deux figures enlacées, et Two Forms (1934-1935), une sphère et une forme trapézoïdale posées côte à côte sur un socle, illustre de façon saisissante cette transformation. Est-ce la rencontre avec Ben Nicholson, qui incita Hepworth à s’orienter vers l’abstraction dans les années 1930 ? Peintre à l’origine, Nicholson est connu par ses reliefs sculptés. C’est par son intermédiaire que Hepworth entre en contact avec Herbin, Hélion et Mondrian, tous engagés dans une épuration de l’art non objectif. Comme eux — mais aussi comme Brancusi, Miró, et surtout Arp —, Hepworth s’éloigne de la figuration autant que des œuvres d’inspiration industrielle, en explorant des formes biomorphiques : masses ovoïdes, lignes courbes et souples, volumes stylisés. Ce que célèbre désormais son œuvre, ce n’est plus la rupture entre l’homme et la nature, mais leur union totale. Le parcours permet également de découvrir la « signature » si particulière de Hepworth : des sculptures percées, à l’intérieur desquelles elle tend des ficelles rappelant les cordes d’un instrument de musique, comme dans Stringed Figure (1956). De la même manière qu’en musique les sons et les silences participent au rythme de la composition, ses sculptures jouent de l’harmonie entre matière et vide. Rythme et légèreté émanent ainsi de ses œuvres « transparentes ». Si, comme Henry Moore, Hepworth explore les pleins et les vides, ce n’est pas la puissance qu’elle cherche, mais un raffinement, parfois légèrement décoratif. Ici, le regard caresse les formes en devenir : concaves ou convexes, arrondies et sensuelles, elles se dessinent dans des lignes ondoyantes et fluides. Itzhak Goldberg