On connaît le magnifique jardin exotique de Monaco — actuellement fermé. Symboliquement, pour pallier provisoirement cette absence, une exposition est consacrée au cactus. Cette plante singulière y est abordée sous un double angle : botanique et artistique. Aux commandes, Marc Jeanson, ingénieur agronome, et Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou. C’est au savoir du premier que l’on doit la présentation, en ouverture du parcours, d’une impressionnante diversité de cactées — on connaît entre 1 400 et 1 800 espèces. Puis, selon les termes de l’introduction : « L’esthétique propre aux cactées a fasciné de nombreux artistes. » L’exposition explore ainsi la place du cactus dans l’histoire de l’art, de la photographie et du cinéma. Dès l’entrée, les commissaires brouillent les pistes en jouant sur la porosité entre le naturel et l’artificiel. Avant même d’entrer dans la Villa Sauber, le visiteur traverse une installation de Ghada Amer : un mini-jardin de cactus d’une régularité exemplaire, un paysage cultivé, façonné par l’homme (Cactus Painting, 1998-2025). Plus loin, Ali Cherri imite les feuilles de cactus en résine. Ailleurs encore, une sculpture de Constantin Brancusi joue sur le contraste entre formes anguleuses et formes arrondies, évoquant le caractère organique de cette plante (Plante exotique, 1925). Décliné à l’infini, le cactus devient un visage sans traits dans la belle série photographique d’Henri Foucault, ou une tête coiffée de figues de Barbarie chez Yannick Vu. Très présent au cinéma, notamment dans les westerns, il reste indissociable des paysages arides et des cowboys solitaires. Pour le regard occidental, le cactus demeure un signe d’étrangeté — ce sont les traditions picturales sud-américaines qui ont introduit ses premières représentations en Europe. Vestige de civilisations dites « primitives » ou symbole d’une nature inhospitalière, presque pétrifiée, dans des paysages de poussière et de sécheresse, le cactus devient l’emblème d’un monde non industriel, enraciné dans sa terre. Pour reprendre la formule de Didier Semin, il est « la rose du pauvre ».
Itzhak Goldberg