Les oranges s’emballent à Sète Gageons qu’ils sont rares, ceux qui prêtent attention aux papiers de soie dans lesquels sont empaquetées les oranges, avant de les croquer. L’exposition présentée par le Musée des Arts Modestes nous fait regretter ce manque d’égard. Derrière ces emballages se cache un univers insoupçonné : les producteurs rivalisent de créativité, jouent sur les couleurs, inventent des marques, déclinent à l’infini des motifs souvent inattendus. En réalité — sans que nous en ayons toujours conscience — ce sont ces images, bien loin des circuits consacrés de l’art, qui nourrissent en silence notre imaginaire collectif. Le choix de l’orange n’a rien d’anodin : ce fruit évoque des paysages gorgés de soleil. Ce sont surtout l’Italie et l’Espagne — autrement dit le Sud de l’Europe — qui accompagnent leur production d’une imagerie propice au rêve. Le parcours de l’exposition s’ouvre sur des représentations mythologiques — on songe à la « mythologie quotidienne » chère à Roland Barthes — qui, selon les commissaires, « en font un symbole de perfection, de séduction, de puissance, de santé, de fertilité ». Puis, à l’instar des cartes postales — ces condensés d’un exotisme de pacotille — défilent des images qui nous font voyager à travers les stéréotypes touristiques. Enfin, pour les habitants de l’Europe du Nord, l’orange représente une source inégalée de vitamines, sans commune mesure avec les gélules pharmaceutiques. Ici ou là, une image trahit la persistance d’un regard colonial sur ce fruit devenu marchandise dans un marché globalisé, sans frontières. L’exposition se poursuit avec des œuvres d’artistes et de graphistes contemporains qui s’inspirent des images publicitaires, parfois liées aux oranges, parfois à d’autres produits de consommation. Louise Bourgeois ou Hans-Rudolf Lutz figurent parmi ceux qui nous rappellent qu’aucune image n’est innocente. Surtout celles qui se présentent sous une apparence modeste.
Itzhak Goldberg