Modigliani passe l’hiver chez Zadkine
Ceci est devenu une habitude, pour ne pas dire un tic : marier ou pacser deux artistes le temps d’une exposition. Pour des musées consacrés à un seul artiste – ici, il s’agit de celui de Zadkine, logé dans son atelier –, c’est une manière de proposer un nouveau regard à travers un dialogue entre deux créateurs. À priori, la rencontre entre Ossip Zadkine et Amedeo Modigliani – organisée par Cécile Champy-Vinas, directrice du musée, et Thierry Dufrêne, historien de l’art – ne semble pas évidente. Certes, les deux artistes sont arrivés à Paris, capitale de l’avant-garde, à quelques années d’écart : Modigliani d’Italie en 1906, Zadkine de Biélorussie en 1910. Certes encore, ils admirent tous deux Brancusi et fréquentent le quartier de Montparnasse.
Cependant, l’œuvre de Zadkine, hiératique et puissante, inspirée par la mythologie, paraît éloignée de la séduction qui émane des formes aux contours arrondis et empreintes d’une certaine douceur propre à Modigliani. Et pourtant, le spectateur décèle des affinités entre les deux artistes. L’un et l’autre empruntent au cubisme une manière de réduire le corps à ses lignes de force, de concilier la singularité de la figure humaine et la perfection d’une forme idéale, mêlant ainsi la représentation de l’être et la puissance abstraite de la ligne. Un témoignage de leur amitié demeure : le beau portrait de Zadkine réalisé par son confrère. Mais cette amitié s’interrompt tôt : en 1915, Zadkine s’engage dans la Légion étrangère, et en 1920, Modigliani meurt prématurément à l’âge de trente-cinq ans.
Itzhak Goldberg