Pierre Buraglio au pluriel En parcourant l’exposition de Pierre Buraglio au Musée des Beaux-Arts d’Orléans, on en vient à se demander si ce nom ne dissimule pas plusieurs artistes. Ce sentiment est d’autant plus fort que le parcours, fragmenté, déploie à chaque étage du musée des facettes différentes de son œuvre. Dès la première salle, au sous-sol — où se trouve la collection contemporaine du musée — le visiteur est immédiatement rassuré. Les Agrafages — anciennes toiles découpées et réassemblées — ou encore les superbes Gauloises bleues — grands panneaux composés d’emballages de paquets de cigarettes — comptent parmi les œuvres les plus emblématiques de Buraglio, presque sa signature. Nous sommes ici dans les années soixante ; et bien que l’artiste n’ait jamais adhéré formellement au groupe Supports/Surfaces, ces pièces ont désormais trouvé leur place dans l’histoire de l’art. Mais très vite, on découvre que Buraglio — à la différence de Daniel Buren ou même de Claude Viallat — ne s’est jamais enfermé dans une seule pratique, fût-elle celle qui l’a fait connaître. C’est par le dessin qu’il explore tantôt l’œuvre des maîtres, tantôt son histoire familiale — notamment celle de son père — ou encore son environnement immédiat. La part la plus importante de cette pratique, intitulée D’après…, consiste à travailler in situ, face aux toiles accrochées aux murs. Cependant, cette démarche n’a rien à voir avec celle de certains artistes américains adeptes de l’appropriation, qui utilisent des images ou objets préexistants avec peu ou pas de transformation — Sherrie Levine et Richard Prince en sont les figures les plus connues. Chez Buraglio, même si l’autoportrait de Chardin ou les personnages de Subleyras restent parfaitement reconnaissables dans ses versions, il semble, à travers plusieurs dessins, explorer le cheminement créatif de ses « ancêtres », comme s’il remontait à leurs origines. L’œuvre étudiée n’est ainsi pas un point de départ, mais bien un point d’arrivée. Itzhak Goldberg Sur le vif et précédemment. Pierre Buraglio, œuvres sur papier (1960-2025)