On aimerait, pour un petit moment, ne plus être un historien d’art. On aimerait savoir décrire avec toute la finesse nécessaire la sensation qui nous saisit face à ces paysages de peu, à ce raffinement qui échappe à la préciosité. On aimerait pouvoir comprendre comment, chez lui, un bout de fil peut engendrer tout un monde, une trace devenir disponible devant l’attrait du vide, des incisions évoquer un geste de violence. Ou encore, pouvoir suivre ces quelques traits fragiles, creusés dans la transparence de la peinture. Bref, être plus proche de ce que Yves Bonnefoy appelle “la pure beauté graphique”. On pourrait, bien sûr, suivre les « modes d’emploi » que nous donne Jean-Pierre Schneider. Les titres poétiques et suggestifs qui semblent plus accompagner que nommer ses œuvres. Les chiffres griffonnés sur les murs « aveugles » du fond comme des graffitis, qui pourraient indiquer leur « date de naissance » ou peut-être un moment important dans la vie du peintre. Mais rien n’y fait, l’image n’est jamais prise au mot. Le Funambule restera une ligne d’horizon tendue sans paysage, La Grande terre, une tache qui s’effiloche au bas de la toile La Femme sans mots, cette figure humaine à l’évanescence de spectre demeurera muette pour toujours. Cette peinture qui fait figure mais qui n’est pas une figuration nous parle autant par ses absences, par sa lenteur que par les formes qui apparaissent sur la surface. C’est que l’œuvre est pleine de silence mais de ces silences que laissent derrière eux les gens de peu de parole. A défaut de narrer une histoire, ces toiles qui refusent le pathos et le trop-plein nous obligent à les regarder de près, à se pencher comme pour mieux recueillir une confidence. Autrement dit, une œuvre à bas bruit.