Zurbaran, icône de la modernité
On se souvient, en 2021, le Musée des Beaux-Arts de Lyon avait rassemblé les trois versions des Baigneuses de Picasso, réalisées en 1937. Fidèle à sa politique de valorisation de sa riche collection, le musée réitère cette démarche en mettant en lumière son œuvre emblématique, Saint François d’Assise de Francisco de Zurbarán. Acquise dès 1803, à peine quatre ans après l’ouverture du musée, cette toile continue de captiver le public et les artistes. Ici, elle est confrontée à deux autres versions, similaires mais non identiques, provenant respectivement du Museu Nacional d’Art de Catalunya (Barcelone) et du Museum of Fine Arts (Boston).
A Lyon, chacune de ces toiles bénéficie d’un espace suffisant autour d’elle pour que ses singularités se voient et la distinguent des autres. Ce « triptyque » est accompagné d’autres tableaux de l’artiste espagnol, dont le magnifique Agneau aux pattes liées (1632), la Nature morte aux pots (1650-1660) qui anticipe par son immobilité intemporelle l’esthétique de Morandi, ainsi qu’une Sainte Face évanescente.
Cependant, l’objectif principal ici, selon Sylvie Ramond, directrice du musée, est de « proposer aux visiteurs d’explorer les ressorts et les sources de cette création si originale, à l’aune de l’œuvre de Zurbarán et de celle de ses contemporains, mais aussi de donner à voir son importante réception auprès des artistes, du XIXᵉ siècle à aujourd’hui ». Ainsi, le parcours oscille entre l’angle historique et l’angle formel. Pour saisir la singularité de cette œuvre, les visiteurs peuvent s’appuyer sur des panneaux pédagogiques ou sur un catalogue riche et détaillé – bien que parfois répétitif. On y apprend notamment que cette manière de représenter Saint François s’inscrit dans une iconographie nouvelle, principalement ibérique, qui se démarque de la tradition italienne initiée par Giotto. Contrairement à l’image populaire du saint entouré d’oiseaux, exposant ses stigmates au spectateur, les peintres espagnols optent pour une mise en scène inspirée d’un récit légendaire : selon une vision attribuée au pape Nicolas V, Saint François, debout, bien que mort depuis deux siècles, apparaissait intact, avec des traces de sang fraîchement coagulé sur les stigmates. Ce miracle supposé a engendré de nombreuses interprétations picturales le décrivant avec moultes détails souvent et empreintes de théâtralité, qui séduisaient le spectateur par leur côté spectaculaire – Jacques Blanchard, Laurent de La Hyre ou Pierre Jacques Cazes. À l’inverse, Zurbarán évite tout effet anecdotique et propose une représentation austère et puissante. Sur un fond sombre, isolé, les yeux tournés vers le ciel, le saint, absorbé dans une méditation profonde, semble appartenir à un autre monde. Avec lui, le peintre réalise une figure impossible : un spectre dans un corps robuste, construit en volumes vigoureux, quasi-géométriques. C’est sans doute par la tension entre matériel et spirituel, entre ombre et lumière que cette œuvre a attiré les artistes. Mais, déjà du vivant de Zurbaran, le succès remporté par Saint François a donné lieu à deux autres versions proches, exécutées par le peintre et son atelier. Au début du XIX° siècle ce sont surtout les créateurs lyonnais, en contact direct avec l’œuvre – Fleury Richard, Alexandre Séon - qui en ont été inspirés. Graduellement, grâce aux gravures, l’image se répand mais reste encore dans le domaine religieux. Mais, et c’est la section la plus stimulante du parcours, c’est avec les travaux les plus récents que l’œuvre iconique de Zurbaran est investie d’autres formes de sensibilité. Ainsi, les six photographies d’Éric Poitevin (Sans titre, 2021) reproduisent l’œuvre en accentuant tantôt son côté sombre tantôt son côté lumineux : Saint François est plongé dans l’obscurité ou dilué dans le blanc. Frontales et hiératiques, ces images remontent à la surface. Pierre Buraglio, quant à lui, rend hommage à Zurbaran, en « copiant » des détails de Saint François - la bure ou l’ombre portée du saint. L’artiste, qui transforme ces détails en éléments autonomes définit son geste comme « copier pour mieux voir ». Ailleurs, François Bard (Sous la pluie, 2019), Owen Kydd (Moth, 2015) ou Djamel Tatah (Sans titre, 2012) mettent en scène des anonymes, isolés, dépouillés de toute expressivité. Ils sont là, figures simplifiées, condensées, portant la capuche comme un uniforme. Pourtant, malgré ce signe de reconnaissance, les personnages semblent à l’écart de tout tissu social. Ni copies, ni reproductions, ces images respirent la vacuité. Puis, on découvre l’œuvre glaçante d’Andres Serrano, où la capuche devient une cagoule, un moyen terrifiant au service de la torture (Sans titre, XI X2 X3, 2015). Ludmila Virassamynaïken, commissaire, remarque que l’œuvre de Zurbaran « à la lisière entre vie et mort…a ouvert la voie à une kyrielle de créateurs ». Visiblement, ces derniers ont choisi leur camp. L’exposition s’achève néanmoins sur un contre-point original : un « défilé de mode » – une série de clichés qui rappellent que Balenciaga, Madame Grès ou Azzedine Alaïa ont été sensibles à la simplicité minimaliste de Zurbaran, à la fluidité élégante de ses drapés. Mais, comme on le sait, l’habit ne fait pas le moine.
Itzhak Goldberg La cité des ombres
Lacité des ombres, cette installation reprend le dessin oval d’un cerveau, motif cher sur un nuage de plumes repose une cité imaginaire enn céramique en céramique, donne les bâtiments arrondis sont percés d’ouvertues triangulaires l’ouvre est nai^d’un reve fait par en janvier éààé Elle marne avec son fils dans un paysage de collines blanche et boudrreuses