Les lignes courent partout au Centre Pompidou-Metz, dans une exposition inspirée de l’anthropologue Tim Ingold. Point à la ligne

Il n’y a pas de lignes dans la nature, affirme l’adage. Comme toujours, la sagesse populaire reste sujette à caution. Selon le livre de Tim Ingold, Une brève histoire des lignes, les lignes nous accompagnent (et nous dirigent) un peu partout. « Qu’y a t-il de commun entre marcher, tisser, chanter, raconter une histoire, dessiner et écrire ? La réponse est que toutes ces actions suivent différents types de lignes », affirme l’auteur. C’est dire l’ambition du projet de la manifestation de Metz. Divisé en sections, le parcours établit les connivences entre ce composant essentiel du dessin et les différents domaines de notre vécu. Le corps, le paysage, le cheminement dans l’espace seront ainsi abordés tour à tour ; tantôt traces physiques sur divers supports, tantôt projections mentales. Il n’y a pas de lignes dans la nature, affirme l’adage. Comme toujours, la sagesse populaire reste sujette à caution. C’est l’ambition de Metz ? Divisé en section, le parcours établit les connivences entre ce composant essentiel du dessin et les différents domaines de notre vécu. Le corps, le paysage, le cheminement dans l’espace seront ainsi abordés tour à tour ; tantôt traces physiques sur divers supports, tantôt projection mentales.

C’est la modernité qui ouvre la danse, avec comme grand initiateur Kandinsky et les dessins tirés de son « dictionnaire des formes », écrit pendant son séjour au Bauhaus, Point, ligne, surface. Le livre du peintre russe partage les préoccupations de l’ensemble des créateurs qui participent à l’avant-garde (et surtout de ceux qui vont épouser la cause de l’abstraction) : l’étude scrupuleuse de formes élémentaires. Qu’il s’agisse de Mondrian et son système orthogonal ou des « objets spécifiques » géométriques réalisés par les minimalistes presque un demi siècle plus tard, la domination de la ligne droite illustre l’approche rationnelle qui caractérise la pensée constructiviste.

Face à l’imposition d’une grille artistique sur le réel, d’autres lignes surgissent. Dictées par le dynamisme de la main, d’un mouvement volontaire, elles se dilatent et se dispersent sur le support ou encore s’épanouissent à la surface de la page. Le « geste cheminatoire » (Michel de Certeau) décrit parfaitement cet enregistrement de l’énergie canalisée ou, au contraire, de son jaillissement. C’est Matisse (curieusement absent) qui se dit à la « recherche du désir de la ligne, le point où elle veut entrer ou mourir ». Métaphorique, le discours de Matisse ? Il suffit de regarder la puissante toile de Kirkeby (1994, Sans titre), dont les lignes qui se nouent et semblent s’enraciner dans le sol, laissent deviner des forces en gestation, une tension qui ne se relâche jamais. Le « geste cheminatoire (Michel de Certeau) décrit parfaitement cet enregistrement de l’énergie canalisée ou au contraire, de son jaillissement. C’est Matisse(curieusement absent) qui se dit à la recherche du du désir de la ligne, le point ou elle veut entrer ou mourir. Métaphorique, le discours de Matisse ? Il suffit de regarder la puissance toile de Kirkeby. Dont les lignes qui se nouent et semblent s’enraciner dans la sol, laisse deviner des forces en gestations, une ne se relâche jamais.

Mais, et ce n’est pas le moindre intérêt de l’exposition, elle est tout sauf linéaire. Si l’inévitable dichotomie culture/nature n’y est jamais absente, elle ne prend pas l’allure d’une confrontation schématique, mais plutôt d’une interaction ou d’un tissage subtile.

Mais, et ce n’est pas le moindre intérêt de l’exposition, elle est tout sauf linéaire. Si l’inévitable dichotomie Culturel : naturel n’y est jamais absente, elle ne prend pas l’allure d’une confrontation schématique mais plutôt d’une interaction ou d’un tissage subtile. Ainsi, subverties de leur fonction habituelle, les cartes, ces instruments de savoir formés de signes abstraits, ne sont plus les repères de certitude que l’on connaît. Un exemple parmi d’autres est le plan urbain de l’architecte japonais Kisho Kurokawa, réalisé ver la fin des années 50. A la différence de la précision habituelle d’un schéma destiné à un projet de construction, ces dessins se situent du côté de l’organisation cellulaire ; leur apparence rhizomatique évoque un organisme vivant.

Ailleurs, c’est dans l’autre sens que la métamorphose s’opère. Quand les éléments cartographiques peuvent prendre leur distance avec la logique du terrain et s’ouvrir sur de « possibles alternatives scientifico-poétiques », à l’opposé, un détail anatomique ou végétal décontextualisé et isolé peut devenir une maille ou un nœud, comme un paysage suggestif et improbable. Palpebra (1989) est l’agrandissement géant d’une empreinte des paupières de Giuseppe Penone. Réalisée en fusain sur des papiers de soie, l’œuvre qui s’étale sur un mur entier, transforme un fragment corporel et son réseau de veines en un Land-art de proximité. Land-art, qu’on retrouve avec d’autres artistes (Richard Long, Hamish Fulton), aux itinéraires qui ne cherchent pas le chemin le plus court. Pour eux les traces des trajets effectués – photographies, schémas, cartes – sont des relevés d’actions, des lignes-souvenirs. On pourra toutefois questionner la pertinence de certaines photographies panoramiques dans ce chapitre. C’est un St Maur Erisson l’agrandissement géant d’une empreinte des paupières de Penone Réalisé en fusain sur des papiers de soie, l’oeuvre qui s’étale sur un mur entier, transforme un fragment corporel et son réseau de veines en un Land-art de proximité. Land-art qu’on retrouve avec d’autres artistes avec itinéraires qui ne cherchent pas le chemin le plus cours Pour eux, les traces des trajets effectués – photographies, schémas, cartes. – sont des relevés d’actions, des lignes-souvenir. On pourrait toutefois questionner la pertinence de certaines panoramiques dans ce chapitres. Terminons par l’écriture, cette autre activité fondée sur la ligne. Impossible de nommer tous ceux qui jouent avec l’ambiguïté du signe écrit-dessiné ; l’incontournable Henri Michaux, mais aussi Pierrette Bloch, qui tend une ligne en fil de nylon et forme avec les fils de crin des nœuds de tailles différentes, en quelque sorte une partition musicale saccadée. La richesse des œuvres exposées à Metz peut se résumer par la phrase de Jacques Dupin sur les traits de Giacometti « qui ne cernent rien, qui ne précisent rien, mais qui font surgir ». Terminons par l’écriture, cette autre activité fondée sur la ligne. Impossible de nommer tous ceux qui avec jouent avec l’ambiguïté du signe écrit-dessiné l’incontournable Henri Michaux mais aussi Pierrette Bloch, qui tend une ligne en fil de nylon et forme avec les fils de crins de tailles différentes en quelque sorte une partition musicale saccadée. La richesse des œuvres exposées à Metz peut se résumer par la phrase de Jacques Dupin sur les traits de Giacometti « qui ne cernent rien, qui ne précisent rien mais qui font surgir »

Itzhak Goldberg Commissaires : Hélène Guenon, responsable de la Programmation Centre Pompidou-Metz ; Christian Briend, conservateur en chef, Centre Pompidou. 220 œuvres/ 103 artistes Scénographie : Jérôme Knebusch